Article for my school’s students magazine (in French, sorry)
Pre-post note: I wrote this mostly in a Starbucks and on my iPhone, and halfway through the message we had a big aftershock, where the nice bartenders just got out of the bar to hold the suspended lamps :-)
Of course there is some more anxiety than usual when a shake occurs. But overall life is OK here. I’m very happy to see some of my Japan and Japanese friends again.
I didn’t read it after sending it, so some points are missing, etc. Sorry about that.
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Le 11 mars 2011, la terre a tremblé une fois de plus au Japon. Mais cette fois, ce n’était pas une de ces secousses habituelles, celles qu’on oublie à force d’en subir, celles qu’on trouve amusantes parce que ça fait trembloter la chaise sur laquelle nos fesses sont posées.
Je n’y étais pas, ce vendredi-là. J’ai appris la nouvelle par un réveil brutal par ma chère maman. Et au début, je regrettais presque de ne pas avoir pu vivre ça. Mais c’est indécent, un tel sentiment, d’autant plus que les événements qui ont suivi ne sont pas drôles du tout.
Je laisse le récit des premières impressions à mes camarades qui, eux, étaient sur place. Je vais plutôt me concentrer sur ce que j’ai vu, d’abord de loin, puis sur place maintenant que je suis rentrée à Tokyo.
[DE L’IMPORTANCE D’INTERNET ET DES RÉSEAUX SOCIAUX]
Grâce à Internet, il a été relativement facile de contacter toutes mes connaissances résidant au Japon. Le réseau 3G et Internet japonais ayant bien mieux tenu le coup que les lignes téléphoniques, Facebook, Twitter et les e-mails ont été salvateurs. En quelques heures, je connaissais la situation de tous mes amis nippons.
L’événement m’aura également appris à approfondir les informations que l’on reçoit par les médias. En dehors d’un live sur leMonde.fr, aucun média français ne m’a paru à jour assez rapidement sur la situation japonaise, et les chaînes d’info en continu, par définition, diffusaient une rotation d’images plus catastrophiques les unes que les autres - ici un village dévasté, là des gens marchant dans les ruines de leur maison, etc. Par conséquent, ma solution de repli a été, vous l’aurez deviné, le Web. Où l’on n’a pas toujours de sources fiables, et où les informations sont souvent noyées dans un brouhaha sans fin, mais où, au moins, les nouvelles sortent à la minute près.
[DE L’INFORMATION À LA PRISE DE DÉCISION]
Toutes ces informations, parfois contradictoires, m’ont permis de me faire une idée de ce qui se passait réellement dans le pays et des risques encourus par les habitants. Ainsi que par nous, joyeux expatriés.
Il y a eu, je crois, une petite polémique, ou tout du moins de larges discussions, sur les recommandations de l’ambassade de France au Japon à ses ressortissants: loin de procéder à un rapatriement/évacuation (comme l’ont fait d’autres pays européens en toute discrétion), il s’agissait officiellement d’une « aide au retour », sans obligation d’achat donc. Notre cher ambassadeur a pris la peine de le préciser au micro de France Info quelque chose du genre: « tous ceux qui voulaient partir ont pu bénéficier des avions affrétés pas l’ambassade; les Français qui restent ont pour leur part choisi de partager le sort du peuple japonais. » (à peu près). Merci pour eux. Au final, certains sont partis, certains sont restés, certains sont allés au sud du Japon histoire de s’éloigner un peu de la centrale.
Quel choix aurais-je fait ? Rester, parce que l’on fait confiance aux autorités japonaises qui assurent que les niveaux de radioactivité à Tokyo sont sans danger ? Partir, car on ne sait jamais ? Partir, car la famille en France meurt d’inquiétude en voyant les scènes de désolation à la télévision ? Rester, car l’on est solidaire des Japonais, et que quitter le Japon c’est comme un capitaine qui abandonne son navire?
Je n’ai pas eu à faire ce choix; et je pense que j’aurais été incitée par ma famille à rentrer, en tout état de cause. En revanche, une autre décision restait à prendre: faut-il y retourner ? L’Ecole, assez compréhensive, nous laisse cette liberté de continuer ou non notre cursus là-bas. Les médias et la diplomatie française déconseillent tout voyage au Japon. D’autres écoles et universités ont simplement interdit à leurs élèves de retourner au pays du soleil levant. Quant aux familles, je ne vous en parle pas… Franchement, vous, quelle est votre réaction quand je vous dis que je suis retournée à Tokyo, pour reprendre ma petite vie d’étudiante tranquille ? Mais l’envie de rentrer est forte, d’autant qu’on se sent vite attaché à ce beau pays qu’est le Japon.
[À TOKYO, UNE VIE PRESQUE NORMALE]
En vérité, j’ai passé mon mois en France à m’abreuver d’informations sur la centrale nucléaire, sur son fonctionnement, ses dysfonctionnements, et les mesures de radioactivité et analyses de risques qui vont avec. J’ai appris pourquoi l’iode se fixait sur la thyroïde; pourquoi le Césium était dangereux également. J’ai appris les taux de radiation naturelle dans plusieurs endroits du monde, la radioactivité que l’on se prend par rayonnement cosmique quand on prend l’avion, ou quand on fait un scanner médical. J’ai entendu les messages qui disaient que l’eau du robinet n’était plus sûre, qu’il y avait des ruptures d’approvisionnement dans la ville.
Mais j’ai écouté aussi les gens de Tokyo. Ceux qui y étaient, ceux qui ne sont jamais partis, et ceux qui y étaient déjà retournés. Et depuis que je suis rentrée, finalement, presque rien n’a changé. Les gens sont un peu plus anxieux que d’habitude lorsque l’on ressent une secousse, une des multiples répliques du « grand séisme du Tohoku », alors que ces secousses ont toujours fait partie de leur vie. Les enseignes sont parfois éteintes, la lumière a été diminuée (un éclairage sur deux) dans les supermarchés et les gares, et l’on n’allume plus le chauffage même si les soirées sont fraîches. Les grands écrans publicitaires sont éteints dans les quartiers principaux de la ville, qui restent cependant aussi animés et pleins de monde qu’avant. Et en dehors de l’eau minérale, aucun produit n’est vraiment difficile à trouver (bon, le fromage et le bon vin sont toujours aussi introuvables qu’avant, quand même).
On garde un oeil sur les alertes sismiques et le niveau de radioactivité relevé par le ministère de l’éducation, des sports (etc.), et publié sur Internet (ça a parfois du bon d’être une geekette \o/). Et on essaie de ne pas oublier les centaines de milliers de gens, réfugiés dans des écoles et des gymnases, qui ont tout perdu il y a un mois exactement.
Ce week-end, beaucoup de japonais sont sortis fêter le printemps avec « Hanami », les pique-niques sous les cerisiers en fleurs. Comme d’habitude, comme tous les ans, comme si rien ne s’était passé.